Actualités de la Banque Numérique des Patrimoines Martiniquais http://test.cg972.recette.mnesys.fr 60 Juillet 2014 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=219 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Juillet 2014 Etat signalétique d’André ALIKER. ok   Archives départementales de la Martinique, 1R 92 (état signalétique n°1116).   Reproduction soumise à autorisation.   Présentation et contexte historique André ALIKER est une des grandes figures de l’histoire de la Martinique. Mort assassiné en 1934 (son corps ligoté est retrouvé le 12 janvier, sur la plage de Fond Bourlet à Case-Pilote), il est aujourd’hui encore, pour beaucoup de Martiniquais, la figure emblématique de la lutte pour la liberté de la presse et de l’engagement sans concession contre la corruption. Moins nombreux sont ceux qui connaissent son parcours exceptionnel pendant la Première guerre mondiale. Sa fiche signalétique nous apporte sur ce point des informations très précieuses : «Exempté en 1914 et ajourné par le Conseil de révision de la Martinique le 17 mai 1915. Incorporé à la Compagnie de Martinique comme engagé volontaire le 17 août 1915. Embarqué pour la France sur le « Micegarie » le 21 août 1915 (…). Rapatrié sur le paquebot « Puerto-Rico » le 13 juillet 1919. Placé en position de congé illimité à compter du 14 septembre 1919 … ». « Modèle parfait de dévouement et de courage. Toujours volontaire pour les missions les plus périlleuses au cours desquelles il entraîne ses hommes par son allant et au mépris du danger. A participé à trois coups de main les 29 juin, 4 juillet et 9 août 1918 en Lorraine et à trois reconnaissances les 18, 19, 20 octobre 1918 en avant de Chéry-lès-Pouilly. Croix de guerre … »   Commentaire historique La détermination et le courage d’André Aliker, soulignés dans son état signalétique, sont aussi ceux de milliers de jeunes Martiniquais incorporés ou engagés volontaires pour être envoyés sur les différents fronts pendant la Première guerre mondiale.   Intérêt Ce document met en lumière la trajectoire d’un jeune martiniquais, André Aliker, porté dès son jeune âge par des valeurs fortes (courage, détermination, don de soi, sens de l’intérêt général, sens du sacrifice …). Il permet aussi de mieux comprendre les ressorts de son engagement dans le combat qu’il a mené plus tard, en tant que gérant du journal Justice, contre Eugène Aubéry dans la Martinique des années trente. Il attire également l’attention sur une source archivistique insuffisamment exploitée. En effet, les registres matricules militaires peuvent nourrir des recherches historiques très intéressantes sur les profils de soldats, leurs parcours militaires, les conditions de retour à la vie civile …. Autant de pages de l’histoire martiniquaise qui restent encore à écrire ou approfondir.   Orientation bibliographique Armand, Nicolas. Le combat d’André Aliker,    Fort-de-France, 1974. Suppl. Action n°19/dir.de publ. René Menil. Dumont Jacques. L’amère patrie. – Paris : Fayard, 2010. 1 vol. (351p.). Mauvois Georges E. Château Aubéry. – Millau : K éditions, 2008. 1 vol. (150p.). Juin 2014 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=215 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Juin 2014 Archives départementales de la Martinique, 1R99. Reproduction soumise à autorisation. Présentation et contexte historique Cet extrait du registre 1R99, présente l'état signalétique et des services du soldat Faustin Clodomir Promax, né le 27 avril 1896 au Vauclin. Engagé volontaire pour 3 ans, en février 1915. Le 27 avril 1915, il embarque pour la France sur le paquebot Pérou. Il sert au sein de différents régiments pendant la Grande guerre, en assurant notamment des foncions d'intendance et de logistique. Il sera rapatrié le 23 mai 1919 et placé en congé illimité. Réengagé pour 5 ans en 1920, il servira notamment en Afrique et en Syrie. Il obtient plusieurs décorations, dont la médaille interalliée dite de la Victoire et la médaille militaire. Fait relativement rare, cet état signalétique présente l'intérêt d'être muni d'une photographie. Organisés par classe d'hommes âgés de 20 ans, les premiers registres matricules sont ouverts en 1889 en Martinique, avec la loi du 15 juillet 1889 qui instaure le service militaire obligatoire dans les colonies, aux mêmes conditions que dans la métropole. Mais cette loi rencontre des difficultés d'application, de même que celle 21 mars 1905, qui crée un véritable service universel obligatoire et égal pour tous, avec suppression du tirage au sort. Dans le contexte de tension internationale qui prélude à l'éclatement de la Première guerre mondiale, une nouvelle loi du 7 août 1913, applique le recrutement systématique des contingents coloniaux. Cette décision fait suite aux voeux de la population, exprimés par leurs représentants au Parlement, de payer " l'impôt du sang " comme les citoyens métropolitains. Les conscrits rejoignent la Métropole pour effectuer leur service militaire. Puis, le décret du 23 novembre 1913 rend applicable aux colonies tous les textes relatifs à l'organisation militaire et promulgués en France, depuis 1905. Commentaire historique Les effets de la déclaration de guerre d'août 1914 ne se font sentir pour les conscrits qu'à partir de 1915 : l'appel sous les drapeaux est généralisé et tous les hommes valides des classes 1890 à 1917 sont convoqués. Très peu entraînés militairement, ils subissent un entraînement intensif. Puis les départs s'accélèrent. À leur arrivée en France, les soldats sont répartis dans les dépôts d'Infanterie coloniale. Les Martiniquais prendront part à toutes les batailles, notamment celles de la Marne, de Verdun et surtout des Dardanelles, mais tous ne vont pas au front, comme Faustin Promax. D'après les travaux historiques de S. Andrivon-Milton, près de 10 000 hommes seraient partis au front et environ 2 000 y seraient morts ou portés disparus. Intérêt Les états signalétiques et des services ou fiches matricules contiennent des données très précises sur les inscrits : état civil, filiation, description physique, adresse, niveau d'instruction, état de santé, parcours militaire (affectations, grades, unités, participation aux campagnes, blessures, mesures disciplinaires et condamnations judiciaires, décorations). Principale source pour la reconstitution de carrières militaires, les états signalétiques sont aussi fort utiles pour la généalogie familiale, la démographie historique. Les données médicales qui y figurent peuvent aussi aider à la compréhension de maladies présentes dans les familles. Mai 2014 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=207 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Mai 2014 - France-Martinique : organe républicain, mercredi 11 et 18 mai 1921. Archives départementales de la Martinique, 1N 10123/A. - Arrêté du gouverneur Gourbeil annulant une délibération du Conseil général, 20 mai 1921. Archives départementales de la Martinique, 1N 10123/A. Reproduction soumise à autorisation. Contexte et présentation des documents Ces deux documents extraits du fonds du gouvernement colonial font état d'un conflit entre le gouverneur et le Conseil général. Le gouverneur Maurice Gourbeil arrive dans la colonie le 13 juillet 1920. Il doit dès lors faire face à des difficultés d'ordre économique, administratif et social. La prospérité d'après guerre est contrariée par les mesures drastiques de l'arrêté ministériel du 19 octobre 1919 pris à l'encontre des sucres et rhums coloniaux. L'administration fonctionne au ralenti et la population, toutes classes sociales confondues, se plaint de la cherté de la vie. Des missions d'inspections révèlent des malversations au sein des services administratifs notamment dans le service des Contributions. Le gouverneur Gourbeil prend un certain nombre de mesures pour relancer l'économie moribonde et remettre de l'ordre dans l'administration gangrénée par la corruption et la concussion. Il a fait voter au Conseil général un important budget pour l'année 1921 alimenté par de nouvelles impositions (taxe sur la fabrication du sucre et du tafia, taxe sur le capital des successions et droits de succession,...) pour redémarrer les grands chantiers entrepris par le gouverneur Paul Marchand (mai 1919-1920). La restructuration des services fait également partie de son programme. Ainsi, il recrute en France un nouveau chef du service des Contributions, M. Marquès, qui réclame le paiement de leurs impôts aux distillateurs et usiniers majoritaires au Conseil général. De même, il refuse de titulariser le chef des travaux publics par intérim, le martiniquais Paul Nardal, Ces mesures autoritaires ouvrent les hostilités entre les élus locaux et le représentant du pouvoir central. Le 13 mai 1921, lors d'une réunion officieuse, les conseillers généraux dénoncent à l'unanimité les atteintes du gouverneur aux prérogatives de l'Assemblée locale et à la dignité des représentants du peuple. Par une motion de protestation, ils demandent aux parlementaires, MM. Lemery et Clerc d'intervenir auprès du ministre des colonies pour son rappel immédiat.. C'est sur un ton plus caustique que l'éditorial du journal conservateur France-Martinique, titré " Mauvais ménage ", évoque les éléments déclencheurs de ce différend et annonce déjà la mutation prochaine du gouverneur. Le gouverneur réagit vivement à la publication de la motion en prononçant sa nullité par un arrêté et convoque la première session ordinaire du Conseil Général pour le 1er juin 1921. Les conseillers réagissent également et s'abstiennent de se présenter à la session. Cette mésentente institutionnelle doit son apaisement à l'annonce de l'arrivée du Général Mangin, glorieux chef de l'armée française. Gouverneur et conseillers généraux doivent collaborer aux préparatifs de la réception du général prévue le 20 juin 1921. En septembre, nommé agent général des Banques coloniales, le gouverneur Gourbeil quitte la Martinique. Commentaire et intérêt historique Cette passe d'armes entre gouverneur et Conseil général a pour déclencheur un problème majeur de l'entre-deux-guerres, celui de la taxation des rhums et sucres, qui menace la prospérité des classes dominantes. La crise révèle aussi une classe politique locale aux alliances internes complexes mais unie sur un point : défendre la " charte coloniale " instaurée par le sénatus-consulte du 4 juillet 1866 qui donnait une grande autonomie budgétaire aux conseils généraux des Antilles. A l'inverse, le ministère des colonies, en grevant le budget local de nouvelles dépenses obligatoires (lois de finances de 1900 et 1918), réduit ces libertés locales. Dans ce jeu, le gouverneur, à la fois proconsul et fusible du ministère des Colonies, est à la merci de l'influence des parlementaires coloniaux, qui peuvent aisément demander son rappel. Ces documents donnent une vue de l'intérieur des enjeux et du fonctionnement institutionnel de la colonie dans l'entre-deux-guerres. Avril 2014 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=197 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Avril 2014 Georges Poulet. Proclamation aux habitants de la Martinique. In La France coloniale, n° 1084, 4 août 1914. Archives départementales de la Martinique, PER132/1914. Reproduction soumise à autorisation. Contexte et présentation des documents Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France. Dès le lendemain, dans une proclamation publiée au Journal officiel de la Martinique et retranscrite dans le journal La France coloniale, le gouverneur Georges Poulet annonce à la population de la colonie l'entrée en guerre de la France. Le ton est solennel, le gouverneur insiste sur la grandeur de la France et fait appel aux sentiments patriotiques et à l'esprit de sacrifice des habitants de la Martinique. De son côté, Victor Sévère, maire de Fort-de-France, ravive la ferveur patriotique de ses concitoyens dans une déclaration adressée aux habitants de Fort-de-France. Il demande à la population de se préparer à des temps difficiles et peut-être même à une attaque de la ville ! La France Coloniale, bi-hebdomadaire qu'il dirige fait, par ailleurs, état dans ses colonnes de l'enthousiasme des réservistes et des recrues qui accourent de toute l'île vers le bureau de recrutement situé à Fort-de-France. Commentaire historique Bien que citoyens français, les natifs de Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion, ne furent assujettis à la conscription qu'à partir de 1889. Il faut cependant attendre la loi du 7 août 1913, modifiant les lois de conscription de 1889 et 1905, peu ou pas appliqués dans les " vieilles colonies ", pour que l'obligation militaire des contingents coloniaux entre dans les faits. Cette décision répond véritablement à une revendication ancienne d'une partie de la classe politique, celle des hommes de couleur républicains : payer " l'impôt du sang ". Les Martiniquais à l'égal des citoyens métropolitains doivent faire le service militaire et se préparer à défendre la mère-patrie. Les radicaux-socialistes martiniquais, comme Victor Sévère, adhèrent aux idées de la République fondées sur la liberté et la laïcité. Ils souhaitent dans le cadre de la République une plus grande assimilation de la colonie à la Métropole tout en gardant certaines prérogatives. Les radicaux veulent, quant à eux, " subir toutes les charges imparties aux citoyens de la Métropole ", et " avoir tous les droits " de ces citoyens. Le vote de la loi du 7 août 1913 (dite " loi de trois ans ") doit entraîner le recensement puis l'envoi en métropole de jeunes conscrits martiniquais de la classe 1913. L'administration centrale relayée par l'administration coloniale semble être dans une situation d'urgence. En effet, dans le contexte de tensions internationales, la préparation d'un maximum de " jeunes gens " (coloniaux et non coloniaux) à la guerre, pour faire face au potentiel important de combattants allemands, s'avère indispensable. Cependant, cet essai de recrutement de créoles a échoué car l'administration militaire ne souhaite pas réellement l'utilisation de soldats coloniaux. Les élus martiniquais, voyant là un préjugé contre les noirs, ont demandé que les quelques conscrits partis soient au moins traités en fonction de leurs spécificités (par exemple en les transférant dans le midi de la France ou en Algérie où le climat est plus proche de celui qu'ils connaissent). Intérêt historique Ce document témoigne du sentiment patriotique qui anime une partie de la classe politique martiniquaise au moment de l'entrée en guerre de la France, occasion de réaffirmer son indéfectible attachement à la Mère-patrie et à la République, cela quel qu'en soit le prix à payer. Décembre 2013 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=176 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Décembre 2013 Discours d'Aimé Césaire sur le moratoire, 29 mai 1981. Le Progressiste, n° 910 du 29 juillet 1981, p.4. Archives départementales de la Martinique, PER 198/1981. Reproduction soumise à autorisation. Présentation et contexte historique Le 29 mai 1981, Aimé Césaire président du Parti progressiste martiniquais (PPM), prononce un discours solennel dans la cour de la mairie de Fort-de-France dans lequel il décrète un " moratoire " sur la question du statut de la Martinique. Il déclare notamment : " Camarades, vous savez ce qu'est un moratoire ? C'est un arrêt provisoire, c'est une suspension. Je n'ai pas dit suppression, j'ai dit une suspension...Je proclame ce soir et jusqu'à nouvel ordre, je proclame solennellement un moratoire politique, concernant le problème du statut juridique ". En préambule de son allocution, il revient sur la toute récente élection du président Mitterrand et la campagne de dénigrement et de déstabilisation menée par les partis de la droite locale. Campagne jouant sur la peur des Martiniquais du " largage " de la France en cas de victoire de la gauche ou encore de la perte des acquis sociaux. "On vous avait dit si Mitterrand est élu le 10 mai 81, c'est en fait, c'est l'indépendance...on vous supprimera vos allocations familiales et autres indemnités...". Il convient de rappeler que lors de ces élections présidentielles, la Martinique contrairement à la France, avait très largement voté au second tour (près de 80%) pour le candidat de droite Valéry Giscard d'Estaing et non pour le socialiste François Mitterrand soutenu par le PPM. Commentaire historique La nouvelle configuration politique avec l'avènement de la gauche au pouvoir en France et la prise en compte du vote significatif des Martiniquais pour le candidat de droite ont sans nul doute motivé la décision de Césaire de faire une "pause" sur les questions statutaires. Dans ce discours du 29 mai 1981, il prononce publiquement pour la première fois le mot moratoire. Véritable discours de campagne, Aimé Césaire demande à la population de lui renouveler sa confiance aux prochaines élections législatives de juin, suite à la dissolution de l'Assemblée nationale par le président François Mitterrand le 22 mai 1981. Une fois de plus, Aimé Césaire est entendu du peuple et réélu aux législatives. Le moratoire aura toutefois laissé des traces car certains membres du parti, déçus de ce changement de ligne, ont quitté le PPM. Dans une liesse populaire, Aimé Césaire prononce le 25 juin 1981 un nouveau discours de clarification du moratoire, dans lequel il s'explique largement sur sa décision. "... comment l'autonomie serait-elle populaire si elle n'est pas désirée par le peuple,... comment l'autonomie serait-elle démocratique si dans cette affaire on considère que le peuple n'a rien à dire". Intérêt du document Ce discours apporte un éclairage important sur les circonstances qui ont conduit Aimé Césaire à réviser sa stratégie politique moins d'un an après que le PPM ait réaffirmé son mot d'ordre d'autonomie lors du 8ème congrès en juillet 1980. Ce choix tactique du moratoire est présenté par Aimé Césaire, non pas comme une renonciation à la réforme et à l'autonomie, mais comme un nécessaire changement de priorité afin d'enrayer la dégradation de la situation économique et sociale de la Martinique. Novembre 2013 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=171 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Novembre 2013 Congrès international de philosophie à Haïti, participation d'Aimé Césaire : correspondance, revue de presse haïtienne. 1943-1944. Archives départementales de la Martinique, Fonds du Cabinet du gouverneur, 1M 945 Présentation des documents Cet ensemble documentaire composé de correspondances et de coupures de presse haïtiennes fait apparaître le contexte dans lequel Aimé Césaire se rend à Haïti en 1944 afin de participer au Congrès international de philosophie. Ils révèlent la genèse du projet, certains aspects du séjour du jeune professeur et son retentissement à Haïti. Il aide également à comprendre le prolongement de cette rencontre avec Haïti, dans l'oeuvre d'Aimé Césaire. Commentaire En décembre 1943, le professeur Henri Seyrig (attaché culturel de la France libre aux Etats-Unis de 1942 à 1945) adresse, de New-York, une lettre au gouverneur Georges Louis Ponton dans laquelle il relate notamment son passage à Haïti. Il l'informe du souhait du président de la république d'Haïti, Elie Lescot, et de son ministre des affaires étrangères d'inviter Aimé Césaire à participer au Congrès international de philosophie organisé par la Société haïtienne d'études scientifiques présidée par le docteur Lherisson. Il appuie cette demande et recommande Aimé Césaire au gouverneur Ponton qui à son tour répercute cette proposition, dans un télégramme, auprès du Comité de libération nationale à Alger. Ce choix est également soutenu par le poète surréaliste Pierre Mabille, nouveau conseiller culturel du gouvernement de Port-au-Prince. Grâce aux coupures de presse haïtiennes contenues dans le dossier, on mesure mieux l'impact de la participation de Césaire et le retentissement des conférences données dans plusieurs villes du pays (Port-au-Prince, le Cap ...). Intérêt historique L'intérêt historique du contenu de ces documents est multiple. Premièrement, ils rappellent le rayonnement intellectuel d'Haïti. En effet, dans la Caraïbe et les Amériques de l'époque, Haïti occupe sur le plan intellectuel une place importante. Elle organise ce congrès de philosophie après des villes comme Harvard, Oxford, Prague et Paris. Des intellectuels du monde entier et de renommée internationale y participent. Des américains (John Wild, Paul Weiss, W.T. Strace, William Seiriz, Cornélius Krusé ...), des canadiens (les abbés Dione et Parent...), des français (Jacques Hadamard, Lecomte de Noüy, Jacques Maritain, Alfred Métraux...), des haïtiens (Lucien Hibbert, Hector Paultre) et bien sûr le martiniquais Aimé Césaire. Place aussi géostratégique dans la zone placée sous influence américaine pendant la guerre et volonté de la France en reconstruction d'affirmer sa suprématie dans les îles francophones. Césaire est le représentant " idéal et opportun " de la culture française. Deuxièmement, la lettre d'Henri Seyrig témoigne de l'imaginaire et de la bonne conscience profondément colonialistes et racistes d'une certaine intelligentsia française convaincue d'une prétendue " mission civilisatrice " de la France : " Il me paraît important, dans cette réunion où des savants de pays très différents vont être mis en contact avec le monde entier, la France montre par un exemple décisif, ce que notre culture est parvenue à produire de cette race ". Troisièmement, ils rappellent que dès cette époque Aimé Césaire est déjà un intellectuel connu dans le monde. Une partie de l'argumentaire du gouverneur Ponton s'appuie sur cette dimension : " Césaire est un professeur sorti de l'Ecole normale supérieure qui possède un génie poétique certain et qui est déjà très connu dans les milieux de culture française tant aux Etats-Unis que dans les grandes Antilles et l'Amérique du sud ". Quatrièmement, on y découvre la rencontre d'Aimé Césaire avec Haïti. Certes, Suzanne et Aimé Césaire avait déjà côtoyé à Paris des intellectuels haïtiens, mais ce voyage est pour eux, une immersion dans la réalité haïtienne. Du côté haïtien, les coupures de presse témoignent de la chaleur de l'accueil et du vif succès de ses conférences auprès d'un très large public et de celui des séminaires de littératures française, d'ethnologie ou sur la négritude données à l'attention des étudiants des élèves des classes de philosophie, notamment au lycée Pétion. Pour Césaire, ce séjour haïtien est déterminant pour son oeuvre poétique et politique. Haïti est au coeur de plusieurs de ses poèmes, de pièces de théâtre comme " Et les chiens se taisaient ", " La tragédie du roi Christophe " et d'un essai " Toussaint Louverture, la révolution française et le problème colonial ". Bibliographie Aimé Césaire / Romuald Fonkoua. - Saint-Amand-Montrond : Perrin, collection Tempus, 2013. - 1 vol. (355p.). Aimé Césaire, le nègre inconsolé / Roger Toumson, Simone Henry Valmore. - La Roque d'Anthéron : Editions Vents d'ailleurs, 2008. - 1 vol. (386p.). Aimé Césaire, le nègre universel / David Alliot. - Espagne : Infolio éditions, 2008. 1 vol. (255p.). Octobre 2013 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=169 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Octobre 2013 Carte postale militante du Parti Progressiste Martiniquais (PPM). Archives départementales de la Martinique, 1311W79. Reproduction soumise à autorisation. Présentation du document Cette carte postale ornée d'un beau portrait d'Aimé Césaire, " souvenir de la fête PPM 1977 ", est adressée le 23 mai 1977 au Préfet de la Martinique Noirot-Cosson, le plus haut représentant de l'Etat à la Martinique. Elle est aujourd'hui conservée dans le fonds du Cabinet du Préfet. Document de propagande, sans doute édité lors des élections municipales de mars 1977, il reproduit un extrait du discours prononcé par Aimé Césaire à la Mairie de Fort-de-France le 18 février 1977 et donne la définition de l'autonomie prônée par le PPM. Commentaire historique En 1977, Aimé Césaire est pour la première fois mis en ballotage aux élections municipales, à la fois du fait du discours plus radical de son parti depuis 1971 qui effraie certains, et des campagnes de plus en plus agressives entre partis de la majorité présidentielle (de droite, soutenus par le Préfet) et l'opposition qui aboutiront à l'affaire Jalta en 1978. Depuis l'échec de François Mitterrand aux présidentielles de 1974, la tension arrive à son comble entre le PPM et les représentants de l'Etat français, en particulier le préfet Noirot-Cosson. En 1974, la visite du Président Valéry Giscard d'Estaing suscite une virulente opposition. La frileuse réforme " décentralisatrice " que préparent pour les DOM le gouvernement et son secrétaire d'Etat, Olivier Stirn, ne peut satisfaire la revendication d'autonomie PPM qui réaffirme ce mot d'ordre à son 7e congrès. Cette revendication est un combat des premières heures du PPM qui doit faire face dans les années 70 d'une part à la droite départementaliste, figée sur le statut des départements d'outre-mer, d'autre part à des mouvements plus radicaux. Au début des années 60, à la suite des émeutes de décembre 1959 et de l'affaire de l'OJAM, s'exprime désormais une opinion nationaliste, militant pour l'indépendance de la Martinique. A la Convention du Morne-rouge, en août 1971, les Partis progressiste et communiste, avec d'autres organisations des quatre départements d'Outre-mer français (Guadeloupe, Guyane et Réunion), proclament la Charte de l'autonomie. Intérêt historique Césaire voyait en l'autonomie un aboutissement logique pour la nation martiniquaise qui après avoir subi l'esclavage deviendrait ainsi actrice et responsable du son destin. Cette carte témoigne donc de la radicalisation du discours du PPM sur l'autonomie (" sans autorité de tutelle, sans parrainage douteux "), même si les bases autogestionnaires étaient affirmées depuis longtemps. Ainsi, le message que veut transmettre le PPM par le biais de cette carte au préfet qui ne cache pas son hostilité aux positions autonomistes, est clair, sans équivoque et un brin provocateur. Ce document concentre à la fois la perception des rapports de pouvoir à la Martinique à la fin des années 70 et l'expression d'une position politique énoncée avec vigueur, mais qui sera actualisée quelques années plus tard, en 1981, avec le moratoire sur l'autonomie. Sources complémentaires Pour en savoir plus sur l'idéologie, les combats du PPM et la lutte pour l'autonomie, le fonds du Cabinet du préfet contient de nombreux documents (rapports des renseignements généraux, tracts, discours, publications...). Le discours sur le moratoire du 25 juin 1981 d'Aimé Césaire conservé aux ADM est sur cette problématique, éloquent. La presse de l'époque et du PPM conservée aux ADM est aussi une précieuse source d'informations sur cette thématique. Septembre 2013 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=167 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Septembre 2013 - " Peuple martiniquais ", tract d'Aimé Césaire, Paris, 4 novembre 1956. 1p. Archives départementales de la Martinique, Fonds Louis Adrassé, 36 J 19. - Appel à la population, Fort-de-France 26 novembre 1957. Fort-de-France, imprimerie Bezaudin, 8 p. Archives départementales de la Martinique, BRO 8°111. Reproduction soumise à autorisation. Contexte et présentation des documents Le 24 octobre 1956, Aimé Césaire adresse sa démission du Parti communiste français à Maurice Thorez, secrétaire général du Parti. Des tracts et articles de la Fédération communiste de la Martinique, surprise par cette décision, dénoncent cet acte perçu comme une trahison. C'est la rupture entre Césaire et la Fédération. En réponse à ces attaques, Aimé Césaire adresse de Paris, le 4 novembre 1956, un tract au " Peuple martiniquais ". Diffusé le 7 novembre par un " Comité Aimé Césaire " composé de militants communistes, notamment ceux de la section de Fort-de-France, qui reprochent à la Fédération de l'avoir " condamné " sans avoir entendu ses explications, ce texte annonce un meeting qui se tient à la Maison des sports le 22 novembre 1956 au cours duquel il expose les raisons de sa démission à la population sans présenter de véritable programme. Cette démission n'a pas entaché sa popularité et elle débouche vers de nouvelles alliances politiques. En février 1957, Césaire inflige une sévère défaite au candidat communiste aux élections municipales de Fort-de-France. Un an plus tard, le 26 novembre 1957, Césaire s'adresse à nouveau directement à la population. Cette fois, il appelle à la création d'un nouveau parti de rassemblement pour répondre aux enjeux et problèmes majeurs de la Martinique, d'ordre économique, social et politique. Commentaire historique Alors que la lettre à Maurice Thorez constitue une rupture idéologique de portée nationale et internationale, ces deux textes annoncent un agenda politique propre à la Martinique et la recomposition du paysage politique local : Césaire y décline sa rupture avec un communisme encore entaché de stalinisme et peu enclin à prendre en compte les aspirations des pays en voie de décolonisation. Dans le premier tract, Césaire réaffirme ses convictions anticapitalistes et anticolonialistes tout en invitant à élaborer un projet politique propre aux Martiniquais. Sans la citer, il remet en cause la manière dont est mise en oeuvre l'assimilation qu'il a défendue et obtenue en 1946 aux côtés des communistes français. Après plusieurs mois de réflexion et de tractations, c'est bien la création d'un nouveau parti politique qui est annoncée dans l'Appel à la population, et l'abandon des " mots d'ordre mécaniques ". Césaire y exprime une des bases de sa pensée politique, qui lie intimement le changement des institutions politiques avec la revendication culturelle et identitaire, " pour enrayer par une politique hardie de décentralisation et de déconcentration des pouvoirs, le processus de dépersonnalisation dans lequel est entré notre pays ". Cette nouvelle voie proposée reprend pourtant certains mots d'ordre et programme retenus par la Fédération communiste locale dès août 1955 et exprimés dans la profession de foi signée par Césaire, Bissol et Lamon pour les élections législatives du 2 janvier 1956. Mais, s'éloignant de la doctrine marxiste, Césaire veut élargir la base de son mouvement à la petite bourgeoisie, ce qui ne déplaît pas aux partis de droite et aux autorités qui y voient un moyen d'affaiblir l'emprise communiste sur la vie politique et sociale. En effet, dès 1957, les élections amorcent le recul rapide du parti communiste sur la scène politique locale. Intérêt historique Entre la rupture avec le PCF et les émeutes de décembre 1959, ces deux documents éclairent une période charnière de l'action politique d'Aimé Césaire et augure des changements dans le paysage politique martiniquais. On voit émerger sa vision de l'autonomie pour la Martinique dont l'instrument sera un nouveau parti politique, le Parti progressiste martiniquais (P.P.M) qu'il fonde en 1958. Il y affirme nettement la nécessité d'orientations politiques spécifiques et le besoin d'une maîtrise par les Martiniquais des leviers du développement économique, social et culturel. En hommage funèbre, le Dr Pierre Aliker, l'un de ses plus fidèles compagnons, dans son discours rappellera cette posture en réaffirmant " Les spécialistes des questions martiniquaises, ce sont les Martiniquais (...) ". Août 2013 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=161 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Août 2013 Extraits du Discours sur le colonialisme d'Aimé Césaire, Présence africaine, 1955. Bibliothèque Schoelcher, Fonds André Breton, 325.3-2 CES (Réserve). Reproduction soumise à autorisation. Contexte et présentation du document Cet exemplaire de la 2ème édition revue et augmentée du Discours sur le colonialisme, édité par Présence africaine, fait partie d'un ensemble de documents acquis par le Conseil général de la Martinique en avril 2003, lors de la vente aux enchères de la collection André Breton à l'Hôtel Drouot à Paris et conservé à la Bibliothèque Schoelcher. Cet exemplaire de belle facture, tirage numéroté en 30 exemplaires sur papier Alfa-Mousse, est dédicacé par l'auteur à son ami André Breton dont il s'est alors éloigné sans doute en raison de ses obligations politiques : " A André Breton dont seules de fugaces circonstances ont pu me séparer et l'assurance de ma fidélité à l'essentiel dont il reste à mes yeux l'interprète le plus qualifié ". Commentaire historique Comme pour le Cahier d'un retour au pays natal, l'écriture du Discours s'étale sur plusieurs années, environ sept, entre 1948 et 1955, date à laquelle la version définitive est publiée par les éditions Présence africaine. A l'origine du texte, un article de commande publié en 1948 sous le titre " L'impossible contact " par la revue Chemins du monde, en prévision d'un numéro consacré à la " fin de l'ère coloniale ". Contre toute attente, alors qu'il a carte blanche du comité de rédaction qui voit en lui l'ardent défenseur des thèses assimilationnistes schoelchériennes à travers la loi de départementalisation de 1946. Aimé Césaire, alors jeune député-maire communiste de Fort-de-France, rédige un article résolument anticolonialiste, trouvant là l'opportunité de dire ce que la tribune de l'Assemblée nationale ne lui permet pas dans un contexte politique devenu hostile à l'égard de l'URSS. Sa dénonciation de la barbarie du système colonial, de la sauvagerie de la civilisation occidentale est jugée trop radicale et est fortement critiquée par les membres de la revue. Son article trouve un écho favorable, deux ans plus tard, en 1950, auprès des éditions Réclame à Nanterre, proches du Parti communiste, qui décident alors de le publier sous la forme d'une plaquette. Césaire, retravaille alors son texte et lui donne toute sa dimension pamphlétaire et communiste. Publié avec en ouverture un exergue de Jacques Duclos, secrétaire général par intérim du PCF (" le colonialisme, cette honte du XXe siècle "), le Discours se place résolument sous la bannière du Parti communiste. Repris par extraits dans le journal Justice, organe de la Fédération communiste de la Martinique, il devient un formidable outil de propagande au service de l'éducation des masses. Par la suite, après la faillite des éditions Réclame, Césaire cède ses droits à son ami Alioune Diop, fondateur de la revue et des éditions Présence Africaine. Le texte subit de nouveaux ajouts et se rapproche définitivement des idéaux défendus par la maison d'édition en apportant une dimension réflexive et critique à la notion de race, en particulier, qui faisait débat dans les milieux intellectuels de l'époque. Une deuxième édition du Discours, revue et augmentée, est ainsi publiée sous une forme définitive, en 1955. Contexte historique Texte de référence dans les milieux intellectuels noirs en Afrique et aux Antilles de l'époque, le Discours sur le colonialisme est écrit dans le contexte politique tendu de la décolonisation et de la lutte des peuples pour accéder à leur indépendance. En 1947, les ambitions malgaches sont réprimées dans le sang par l'armée française quand la couronne britannique permet à l'Inde d'accéder à son indépendance. Après dix ans d'un long conflit, l'Indochine accède à l'indépendance en 1954, année où l'Algérie entre en guerre à son tour contre sa métropole. Enfin, dans le contexte de guerre froide qui oppose le bloc soviétique au bloc occidental, 29 pays d'Asie et d'Afrique nouvellement indépendants refusent de s'aligner et proclament leur opposition au racisme et au colonialisme lors d'une conférence organisée à Bandung en 1955. Juillet 2013 - 3 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=160 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Juillet 2013 - 3 Lettre autographe du Maire de Fort-de-France Aimé Césaire, adressée au préfet pour demander une subvention pour la construction de l'école de Ravine-vilaine à Fort-de-France, 31 décembre 1959. Archives départementales de la Martinique, 1091w37. Reproduction soumise à autorisation. Présentation du document Cette archive conservée dans le fonds du Cabinet du Préfet constitue une trace de l'implication d'Aimé Césaire en faveur de l'accompagnement et de l'instruction de la jeunesse martiniquaise. Cette lettre est adressée au Préfet Jean Parsi nommé à la fin du mois de décembre 1959 à la Martinique. Dans le même dossier, sont conservés d'autres courriers qui témoignent de l'intérêt d'Aimé Césaire pour l'amélioration des conditions de vie des martiniquais. Parmi les thèmes qu'il aborde, celui du poids des impôts ou de la lutte contre le chômage. Commentaire historique Créé en 1958 par Aimé Césaire, le Parti progressiste martiniquais milite en faveur du développement des équipements scolaires. Le contexte déjà tendu de l'époque lié à la pauvreté d'une grande partie de la population, est exacerbé par les émeutes de décembre 1959 qui amènent le débat sur la situation et les besoins de la jeunesse martiniquaise. Les rapports de police mentionnent que trois cents jeunes ont participé à l'affrontement des forces de l'ordre. Certains jeunes seront emprisonnés. Dans les rapports qui suivent les incidents de décembre 1959, une importante crise touchant la jeunesse martiniquaise est décrite : chômage, absence de débouchés, pas suffisamment de centre d'apprentissage et de formation professionnelle, d'écoles et de lycées. A partir de 1960, on observe une nette progression de création d'école à la Martinique. En 1964, la Martinique compte 27 écoles, en 1969, 33 et en 1975 elle compte 55 écoles. Intérêt historique Cette lettre écrite de la main d'Aimé Césaire le 31 décembre 1959, le jour du réveillon de la Saint-Sylvestre, est réalisée dans un contexte particulièrement agité. En effet, elle est rédigée quelques jours après les émeutes à Fort-de-France des 20, 21 et 22 décembre 1959 qui ont causé la mort de trois jeunes martiniquais et l'expulsion du Vice-recteur d'Académie Alain Plénel. Ce document permet également de saisir une des causes du lent développement de construction d'école à la Martinique. Sources complémentaires Pour en savoir plus sur les actions d'Aimé Césaire en faveur de la population martiniquaise, le fonds du Cabinet du préfet contient la trace des nombreux échanges d'Aimé Césaire avec les préfets. Le fonds de l'Instruction publique permettra d'aborder plus précisément la question du développement des écoles à la Martinique. Juillet 2013 - 2 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=158 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Juillet 2013 - 2 Procès-verbal d'installation du Conseil municipal de Fort-de-France, 27 mai 1945. Archives départementales de la Martinique, 3M2354. Reproduction soumise à autorisation. Contexte En 1945, Aimé Césaire accepte de conduire la liste communiste aux élections municipales de Fort-de-France. Celle-ci rassemble des gens d'horizons divers. Le 27 mai 1945 il est élu maire, sa liste devançant largement ses adversaires (9645 voix contre 3905). Commentaire historique Interrogé plus tard sur son entrée en politique, Aimé Césaire dira " Il fallait changer les idées, changer les hommes, changer les attitudes ... ". En 1945 c'est une nouvelle équipe que la population place à la tête de la ville. Nous retrouvons sur cette liste une véritable " dream team " de l'histoire politique, économique et sociale de la Martinique du XXème siècle, des hommes capables de produire des idées, de s'engager et d'agir. Si les Césaire, Aliker, Lamon, Bissol, Gratiant sont les figures de proue que l'on retrouve souvent au premier plan et dont les noms sont aujourd'hui entrés dans l'histoire de la Martinique, autour d'eux figurent des hommes moins médiatisés, dont l'action a été souvent déterminante dans les combats menés pour défendre les plus défavorisés et pour plus de justice sociale. Ce document nous rappelle le début d'une " aventure " qui dura 56 ans (1945 - 2001) pour Aimé Césaire, faisant de lui le second maire élu de Fort-de-France du XXème siècle. Intérêt historique Ce type de document peut contribuer à nourrir des recherches sur l'histoire et la sociologie politique de la Martinique, permettant ainsi de mieux connaître le personnel politique (origine sociale, généalogie, trajectoire, phénomènes de reproduction, courants idéologiques ...). Autant d'études pouvant faire apparaître ce qui, dans l'histoire, relève du génie individuel, ce qui est porté par des mouvements historiques beaucoup plus profonds et collectifs et de sortir de l'idée confortable de l'homme providentiel, du héros charismatique et sacrificiel qui traverse la mythologie de tous les peuples. Juillet 2013 - 1 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=157 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Juillet 2013 - 1 Lettre manuscrite d'Aimé Césaire adressée à Louis Adrassé, 19 mai 1945. Archives départementales de la Martinique, fonds Louis Adrassé, 36 J 17. Reproduction soumise à autorisation. Contexte et présentation du document Après la libération, le gouvernement provisoire de la République française présidé par le général De Gaulle réorganise les pouvoirs publics. L'ordonnance du 20 novembre 1944 applique les nouvelles dispositions prises aux territoires relevant du ministère des colonies. Ainsi, dès 1945, des élections générales sont programmées à tous les niveaux. Les élections municipales sont fixées à la Guadeloupe, à la Martinique et à la Réunion, les 27 mai et 3 juin 1945. La Martinique a subi les affres de la guerre et en sort meurtrie sur le plan économique et social. La population, particulièrement les masses ouvrières, réclament de meilleures conditions de vie et de travail et leurs revendications trouvent écho auprès des communistes. Les partis politiques brimés sous l'Amiral Robert se reconstruisent et se renouvellent après guerre. Aussi, cette consultation électorale est décisive pour juger de leur influence et de l'adhésion de la population. Au nom de la section communiste de Fort-de-France, Louis Adrassé, par l'intermédiaire de Suzanne Césaire propose à Aimé Césaire d'être candidat tête de liste du Parti communiste aux élections municipales de 1945. Cette lettre est la réponse d'Aimé Césaire à Louis Adrassé, membre du Comité régional de la Fédération communiste de la Martinique. Commentaire historique Cette réponse fait suite au vote du Comité de section de Fort-de-France réunit le 17 mai 1945 pour choisir les candidats pour les élections municipales de 1945. Louis Adrassé propose au Comité la candidature de Césaire qui est retenue par 22 voix contre 6 à Gratiant et 4 à Bissol. Aimé Césaire à la différence des candidats en lice n'est pas inscrit au Parti communiste. Il est choisi pour ses qualités intellectuelles et professionnelles. En effet, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, professeur au Lycée Schoelcher, auteur de Cahier d'un retour au pays natal (1939), il est connu pour ses prises de positions culturelles à travers la revue Tropiques fondée en 1941. Flatté par cette proposition, Aimé Césaire accepte avec une certaine réserve. Le vote doit être ratifié par le Comité régional et il le sera non sans heurts et tractations. Néanmoins, l'ensemble des militants du Parti communiste se mobilise autour de Césaire dont le charisme à séduit la population foyalaise. Victor Sévère, maire de Fort-de-France (1900-1945), membre du Parti radical se retire de la scène politique et l'affrontement se fait entre les communistes et les socialistes. Ainsi, le 27 mai 1945, la liste conduite par Aimé Césaire remporte les élections municipales au 1er tour de scrutin face à Joseph Lagrosillière. Elu maire de Fort-de-France à 32 ans, il le restera pendant 56 ans. Intérêt historique Ce document d'une richesse inestimable apporte un éclairage sur la manière dont Aimé Césaire a fait son entrée en politique singulièrement au Parti communiste. Il constitue une pièce incontournable de l'histoire politique d'Aimé Césaire et vient infirmer certains propos concernant sa candidature aux élections municipales de 1945. Sources complémentaires Pour en savoir plus sur le contexte politique des années 40-60 et la candidature d'Aimé Césaire aux élections municipales de Fort-de-France en 1945, nous conservons aussi aux Archives départementales de Martinique des témoignages oraux dont ceux de Louis Adrassé recueillis par Edouard Delépine sous les cotes 11AV 22/1 et 11AV 22/2. Juin 2013 - 2 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=155 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Juin 2013 - 2 - Extrait d'acte de naissance d'Aimé Césaire, issu de son dossier d'enseignant, 1942. Archives départementales de la Martinique, fonds du service de l'Instruction publique. 1230W6 - Arbre généalogique d'Aimé Césaire, établi par les Archives départementales de la Martinique, 2013 Présentation des documents Ce document issu du dossier d'enseignant d'Aimé Césaire, lors de son affectation au Lycée Schoelcher, en tant que professeur de français, est l'une des pièces essentielles qui a permis de remonter le fil de l'histoire familiale jusqu'à la fin du 18ème siècle, en parcourant l'état civil de la Martinique en ligne sur le site de la Banque numérique des patrimoines martiniquais et des Archives nationales d'outre-mer. Commentaire historique L'arbre généalogique d'Aimé Ferdinand David Césaire, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe, met en exergue les particularités historiques de l'état civil à la Martinique (collections parallèles d'état civil, mais non identiques ; transposition du prénom pour les nouveaux libres en patronyme ; attribution d'un patronyme par l'officier d'état civil aux esclaves libérés en 1848). Il permet aussi de vérifier aux sources historiques le récit familial tel qu'il est publié. Avant 1848, le régime juridique institué par l'esclavage ne reconnaissait pas d'état civil aux esclaves, ce qui a entraîné pour l'état civil la tenue de registres distincts suivant le statut des personnes. L'enregistrement des naissances des esclaves n'a commencé en Martinique qu'en 1832, et toujours sur des registres différents de ceux de la population libre. En 1848, avec l'abolition de l'esclavage, les " nouveaux libres " vont faire l'objet d'une inscription aussi systématique que possible sur des registres spécialement ouverts à cette intention, appelés registres " d'individualité ". De cette période à nos jours, l'inscription des actes d'état civil se fait sur des registres communs, sans discrimination, selon les lois applicables en France métropolitaine. Aimé Césaire est issu d'une famille de cultivateurs et de petits propriétaires, catégorie sociale bien représentée dans la région du Lorrain, le berceau familial, qui a aspiré à la promotion sociale : le père, Elphège Fernand Césaire (1888-1966) était économe d'habitation, puis Contrôleur des contributions directes ; le grand-père paternel fut professeur au lycée de Saint-Pierre. Sa fascination pour l'Afrique, s'explique par l'admiration incommensurable qu'il avait pour sa grand-mère paternelle Marie Eugénie Macni (1867-1944), qui représentait à ses yeux l'Afrique " pure " et " parfaite " : Adélaïde Macni (1812-1864), grand-mère de Marie-Eugénie, était née sur la côte d'Afrique. Aimé Césaire se plaisait à revendiquer un ancêtre condamné à mort, pour avoir fomenté le complot de la Grand-Anse le 21 décembre 1833, sous le règne de Louis-Philippe. En réalité il ne s'agit que d'un mythe, car le premier Césaire de la lignée, fut affranchi en 1833 et mourut le 15 octobre 1861. Intérêt historique L'arbre généalogique d'Aimé Césaire dévoile toute la complexité du régime juridique de l'état civil, institué par le système esclavagiste. Il permet également de suivre les stratégies d'ascension sociale des descendants d'esclaves, à travers le métissage et les métiers exercés par les affranchis et les nouveaux libres. En conclusion, il nous aide à mieux comprendre l'influence des origines d'Aimé Césaire sur son engagement politique et littéraire. Juin 2013 - 1 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=106 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Juin 2013 - 1 Demande d'autorisation de passer l'examen pour l'obtention du permis de conduire adressée par Aimé Césaire au chef du Service des Travaux publics : correspondance, bulletin d'identité, photographie, 1940. Archives départementales de la Martinique, 7 S 7109. Reproduction soumise à autorisation. Contexte Revenu à la Martinique en août 1939, Aimé Césaire enseigne les Lettres dès le mois d'octobre au Lycée Schoelcher. Il est marié à Suzanne Jeanne Aimée Roussi, épousée en 1937 à Paris et père d'un premier enfant, Jacques, né le 9 mai 1938. L'île est alors sous la férule de l'amiral Georges Robert, haut-commissaire de la France aux Antilles et en Guyane, qui y exerce un régime dictatorial ouvertement raciste. Commentaire historique Dans l'entre-deux-guerres, la Martinique entre dans l'ère de l'automobile. Voitures, camions, autobus commencent à s'inscrire dans le quotidien de la population. A chaque voyage entre la métropole et la Martinique, les cargos déversent sur le port une trentaine de véhicules : Renault, Buick, Pontiac, Chevrolet ... Les pages des journaux se remplissent de publicités, de récits d'accidents : voiture tombée dans un ravin, poteau téléphonique percuté par un camion, autobus entré en collision avec une locomotive ... ou d'exploits, tel celui de ces trois chauffeurs mécaniciens : Paul Marrion, Joseph Paul Allaguy et Maurice Guitteau ayant réussi en neuf heures à mener leur automobile de Saint-Pierre au Prêcheur à travers la zone volcanique. La durée des trajets est variable, mais il faut compter en moyenne 3h pour une excursion Fort-de-France/Morne-Rouge/Fort-de-France, 7h pour un aller-retour Fort-de-France/Basse-Pointe ou encore 9h pour un trajet Fort-de-France/François/Fort-de-France. Intérêt historique Au-delà du caractère anecdotique, ces documents ont pour principal intérêt de nous suggérer les préoccupations d'un jeune père de 27 ans soucieux du bien-être de sa famille. Ils l'inscrivent dans un quotidien peu connu qui souvent nous échappe et disent la normalité d'un homme dont la vie ne l'est déjà plus du fait de ses engagements intellectuels et politiques. Mai 2013 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=123 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Mai 2013 " Commémoration de l'abolition de l'esclavage. Discussion d'un projet de loi adopté par le Sénat " : intervention d'Aimé Césaire, 17 décembre 1982 Journal officiel de la République française, débats parlementaires, Assemblée nationale, n°148, 18 décembre 1982, p.8483 - 8496 Présentation et contexte du document En juin 1982, le Sénat examine un projet de loi visant à commémorer l'abolition de l'esclavage. A la même époque sont discutées les lois de décentralisation et on voit se mêler dans les débats les craintes des tenants du statu quo institutionnel dans les départements d'outre-mer. Après des amendements très substantiels au Sénat, le texte est présenté à l'Assemblée nationale. L'intervention d'Aimé Césaire (pp. 8489-8490), en soutien au texte initial du gouvernement, défendu par le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Henri Emmanuelli, est une leçon d'histoire pleine d'humour et de solennité à la fois. A travers Schoelcher, c'est le principe universel des droits de l'homme et du devoir de résistance à toute forme d'oppression que Césaire défend. Au cours des débats, s'expriment les députés ultramarins : Ernest Moutoussamy (Guadeloupe), Jean-François Hory (Mayotte) Jean Fontaine (La Réunion), et Victor Sablé (Martinique) dont l'intervention est certainement la plus subtile face à la position de Césaire. Après un nouveau passage au Sénat et à l'Assemblée nationale, la loi à l'article unique, instaurant une commémoration nationale, ainsi qu'un jour férié à date variable selon les collectivités territoriales concernées, sera promulguée le 30 juin 1983. Commentaire historique Ce texte souligne à quel point la mémoire de l'esclavage est un sujet sensible, tant pour la communauté nationale très frileuse que parmi les élus d'outre-mer. La commémoration de l'abolition de l'esclavage est aux Antilles, depuis les années 1970, un enjeu politique et identitaire sur lequel s'affrontent les autonomistes et indépendantistes d'une part, et les départementalistes de l'autre. Depuis la publication d'Armand Nicolas (1962-1967), la traditionnelle " fête à Schoelcher " célébrée le 21 juillet est battue en brèche par la commémoration de l'insurrection du 22 mai à la Martinique. A Fort-de-France, dès 1971, le 22 mai est inscrit dans l'espace public (inauguration de la place du 22 mai, puis jour de congé pour les écoliers dès 1975). L'intervention parlementaire de Césaire en 1982 s'inscrit dans la continuité de sa pensée exprimée dès 1945 dans Tropiques. Pour lui, la nécessaire reconnaissance de l'esclavage n'est pas de l'ordre du positionnement victimaire. En cela, son intervention de 1982 ne relève pas des débats qui, à partir de 1998, accompagneront la loi du 21 mai 2001 (dite Taubira) reconnaissant l'esclavage comme un crime contre l'humanité. Intérêt historique Député de la Martinique de 1945 à 1993, Césaire a été très actif au cours des débats sur les lois de finances ou de programme, et sur les textes fondateurs pour les libertés locales. Si son intervention la plus connue est le rapport qu'il fit en faveur de la transformation des " quatre vieilles " colonies en départements, en 1946, son leitmotiv est la prise en compte des besoins spécifiques des départements d'outre-mer et la nécessité d'un développement économique et social volontariste. Ce texte constitue un exemple de l'action de Césaire, député. A travers son intervention on perçoit son maniement de registres oratoires très différents : à la solide argumentation historique, et à la solennité de l'hommage à Schoelcher, il ajoute désormais un humour savamment dosé dont il ne manque pas, dans les années 80, de faire usage dans l'hémicycle. Ce texte résume la position que gardera Césaire vis-à-vis de la mémoire de l'esclavage : nécessité de l'inscription de la mémoire dans l'espace public, valorisation simultanée de l'engagement visionnaire de Schoelcher et du rôle du peuple pour la liberté et l'égalité. Avril 2013 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=111 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Avril 2013 Tapuscrit du Cahier d'un retour au pays natal, 1939. Bibliothèque de l'Assemblée nationale, Ms1825bis. Tous droits réservés. Contexte Sur les conseils de Pierre Petitbon, l'un de ses professeurs à l'Ecole nationale supérieure, Aimé Césaire soumet le Cahier d'un retour au pays natal à Georges Pelorson, directeur de la revue Volontés, vraisemblablement au début de l'année 1939. Séduit par le texte, Pelorson accepte de le publier dans son intégralité et demande à Césaire de retravailler quelques passages, essentiellement vers la fin. C'est cette version corrigée de la main de Césaire qui est présentée ici. Le texte du Cahier d'un retour au pays natal est ainsi publié pour la première fois dans le numéro 20 de la revue Volontés, en août 1939. Commentaire historique Commencée au cours d'un séjour en Dalmatie chez son ami croate Petar Guberina pendant l'été 1935, la rédaction du Cahier d'un retour au pays natal s'achève quatre ans plus tard, en 1939. Ce long poème en prose et en vers construit à contre-courant des règles de la poésie classique, influencé par le surréalisme, est en grande partie l'expression d'une révolte, celle nourrie du choc ressenti par l'étudiant de retour au pays natal pour les vacances après cinq années d'absence (entre juillet et septembre 1936). Œuvre majeure de la littérature négro-africaine, le Cahier d'un retour au pays natal est l'un des textes fondateurs du courant de la négritude. Intérêt historique Document exceptionnel, le tapuscrit du Cahier que l'on croyait disparu, a été acquis par l'Assemblée nationale en 1992 auprès d'un libraire. Il a fait l'objet d'une réédition en fac-similé publiée en 2008 à l'occasion de la disparition du poète. Véritable genèse de l'oeuvre, on y retrouve bon nombre de passages retranchés et inédits, des ajouts manuscrits significatifs, des modifications qui vont se poursuivre jusque dans les éditions successives, chez Bordas en 1947 puis chez Présence africaine en 1956 considérée comme l'édition de référence. Ce travail de reprise de textes, caractéristique fondamentale du processus créatif chez Césaire, s'applique à l'ensemble de son oeuvre. Mars 2013 - 2 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=109 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Mars 2013 - 2 Notice individuelle du professeur Aimé Césaire pour l'année scolaire 1944-1945. Archives départementales de la Martinique, fonds du service de l'Instruction publique, 1230W6. Reproduction soumise à autorisation. Présentation du document Ce document, issu du dossier personnel d'Aimé Césaire, constitue une trace de sa courte carrière d'enseignant. Les notices individuelles concernant les professeurs, sont renseignées par le proviseur, le chef de service et signées par le Gouverneur et servent à évaluer leur manière de servir. Intérêt historique Cette notice datée de 1945, l'année où il prend la tête de la mairie de Fort-de-France, met en évidence un enseignant de qualité. Aimé Césaire était bien perçu par sa hiérarchie comme en témoigne les termes utilisés : " Professeur brillant et d'une très haute culture". Commentaire historique Aimé Césaire, élève brillant au lycée Schoelcher de Fort-de-France, poursuit ses études supérieures au lycée Louis le Grand en 1931. Il y intègre les classes d'Hypokhâgne puis de Khâgne qui préparent au concours d'entrée à l'Ecole normale supérieure (ENS), rue d'Ulm à Paris. Il est admis à l'ENS en 1935. Licencié ès lettres, il rentre en Martinique en 1939, pour enseigner le français au lycée Schoelcher, tandis que son épouse Suzanne Césaire (née Roussi) enseigne au lycée technique de Bellevue. Au lycée Schoelcher, il enseigne aux côtés d'autres figures de la société martiniquaise (Roger Sauphanor, Jules-Marcel Monnerot, Gabriel Henry...). Du point de vue de ses anciens élèves, les témoignages convergent pour dresser le portrait d'un enseignant atypique et charismatique. Rarement assis derrière un bureau, il communiquait avec enthousiasme ce qui le rendait particulièrement captivant. Au cours de sa carrière d'enseignant, il fonde la revue Tropiques avec René Ménil (revue qui paraîtra jusqu'en 1945). Le couple Césaire rencontre souvent des personnalités comme Pierre Aliker, Aristide Maugée et Georges Gratiant avec qui ils forment un cercle de réflexion intellectuelle sur la société martiniquaise de l'époque. En 1945, son élection à la mairie de Fort-de-France met fin à sa carrière d'enseignant qui aura duré six ans (1939-1945), le temps d'une guerre. Sources complémentaires Pour en savoir plus sur le professeur Aimé Césaire, nous conservons aussi aux Archives départementales de Martinique des documents dans les fonds privés (témoignages oraux d'anciens élèves, cahiers de cours d'élève dispensés par Aimé Césaire). Mars 2013 - 1 http://test.cg972.recette.mnesys.fr/?id=121 http://test.cg972.recette.mnesys.fr -- Mars 2013 - 1 L'Etudiant noir, journal de l'Association des étudiants martiniquais en France, n° 1, mars 1935, page de titre et page 3. Archives nationales d'outre-mer, FR ANOM (Aix-en-Provence) SLOTFOMV. Tous droits réservés. Copie conservée aux Archives départementales de la Martinique sous la cote 1NUM7. Contexte L'Etudiant noir succède à L'Etudiant martiniquais, revue fondée et présidée par Gabriel Suvélor en 1932. Elle voit le jour la même année que la revue Légitime défense dirigée par Etienne Léro qui rassemble les étudiants antillais à Paris. Ces deux revues témoignent du véritable éveil des consciences qui s'opère dans le milieu des étudiants noirs en France au début des années 1930. C'est à l'instigation d'Aimé Césaire, devenu président de l'Association des étudiants martiniquais en France en 1934, que le journal prend le titre de L'Etudiant noir. Intérêt historique Rare exemplaire de cette revue considérée comme fondatrice du mouvement de la négritude. Conservée aux Archives nationales d'Outre-mer (ANOM), il s'agit du seul exemplaire connu et référencé dans les catalogues des collections publiques nationales.